Projet de Manifeste du Mouvement Federaliste Pan Africain

 

 

Au début des années 1960, lorsque le Dr Nkrumah avait dit avec force à ses pairs que l'unique voie de salut était la formation d'une union politique forte, de nombreux Africains avaient du mal à comprendre sa vision de l'Afrique. Au cours du demi-siècle qui a suivi les premières vagues d'indépendance, l'ampleur et la multiplication des crises sur le continent ont rendu de plus en plus évidente la véracité de cette affirmation.

 

Aujourd'hui, il est devenu évident que le continent africain, divisé en plus de cinquante États politiquement et économiquement non viables, aura de sérieuses difficultés à sortir du chaos actuel. L’incapacité, plusieurs fois démontrée, des gouvernements africains à faire face aux nombreux foyers de tension qui se propagent à travers le continent, aux crises sociopolitiques et à la capture de terres et de ressources naturelles par les multinationales et les puissances étrangères, illustrent la non-viabilité des États africains en tant que singletons.

 

Ainsi, malgré les efforts notés ici et là, personne ne peut nier l’évidence : les États africains ne peuvent pas, en tant que singletons, répondre aux besoins fondamentaux de leurs citoyens. Alors que la situation se détériore sur le continent, l’Afrique continue d’être le terrain de chasse de toutes sortes de prédateurs à la recherche de matières premières et de profits, souvent sous les prétextes fallacieux de l’aide humanitaire, de l’investissement étranger direct et de la coopération. Les États africains des îles des Caraïbes ne s’en sortent pas mieux que ceux du continent d’origine de l'écrasante majorité de leurs citoyens.

 

Ayant pris connaissance de la situation des populations africaines dans le monde et notant qu’elles se trouvent aujourd’hui à la croisée des chemins et tirant les leçons du riche héritage des précurseurs du fédéralisme panafricain, un groupe d’Africains, a lancé en février 2015 l’Appel pour le Premier Congrès fédéraliste Panafricain. Leur objectif est de rassembler des personnes convaincues qu’il est plus que jamais urgent d’unir les États africains. Le but de ce rassemblement est de trouver la bonne stratégie pouvant mener à cette unification politique.

 

Cet appel, disponible en plusieurs langues, a été rapidement repris et reçu avec enthousiasme sur le continent et dans la Diaspora. Pour les signataires de l’Appel pour le premier Congrès fédéraliste panafricain, il est temps de tirer les leçons des approches, expériences et initiatives passées. Aujourd'hui plus que jamais, l'appel de Nkrumah pour l'unité politique des peuples africains a plus de chance d'être entendu si la bonne approche pour la création des États Africains Unis (EAU) est formulée et mise en œuvre. C'est le principal objectif du premier Congrès fédéraliste panafricain.

 

Compte tenu du grand enthousiasme suscité par cet appel parmi les peuples africains et les amis de l’Afrique, il convient d’affirmer que cette génération d’Africains a la volonté d’unir politiquement le peuple africain et de laisser à ses descendants un héritage qui sera une source de fierté et d’immenses possibilités.

 

C'est dans cette optique qu'il faut situer la mission du Mouvement fédéraliste panafricain (MFPA) qui se construit autour de cet Appel : la création des conditions optimales de développement d'un vaste mouvement de masse capable de garantir l'adhésion de la vaste majorité des peuples africains au projet fédéraliste du Dr Nkrumah.

 

Le MFPA est une coalition à la base composée d'individus et d'organisations qui sont prêts et disposés à consacrer une partie de leur temps et de leurs ressources à la campagne pour l'unification politique de tous les États du continent africain et des îles environnantes ainsi que des États dans les îles des Caraïbes où les personnes d’ascendance africaine constituent la grande majorité de leurs citoyens.

 

Pas un pouce des territoires africains - au sud ou au nord du Sahara, ainsi que des îles des Caraïbes - ne sera concédé à l’appropriation ou au contrôle étranger. Le MFPA rejette toute tentative visant à diviser le peuple africain en fonction de la race, de la classe, de la religion. Le MFPA rejette toute forme de discrimination fondée sur un attribut naturel ou des choix personnels qui doivent être reconnus comme un droit inaliénable pour l’individu.

 

Le but de ce manifeste est de :

- Décrire la mission du MFPA,

- Indiquer le chemin à emprunter pour sa réalisation,

- Donner un aperçu sur certains des changements majeurs dans leur capacité à contrôler leur destin que l'unification politique de leurs Etats va offrir aux peuples africains, tant sur le continent africain que dans sa diaspora.

- Décrire les gains fabuleux qui attendent les populations africaines lorsqu'elles retrouvent leur pleine souveraineté perdue vers le 17ème siècle et reprennent le contrôle de leur destin.

 

Notre vision

 

Notre vision est de construire une entité fédérale pacifique, contrôlée par les Africains où la sécurité, la liberté et les possibilités d’amélioration de leurs conditions de vie sont une réalité pour ses résidents et pas une cible toujours insaisissable. Une entité politique, économique et militaire qui occupera la place qu’elle mérite dans le concert des nations et des communautés des peuples du monde.

 

La seule ambition du mouvement fédéraliste panafricain est de faire naître les États Africains Unis (EAU) dans une génération ou bien moins encore.

 

Notre mission

 

L'objectif fondamental des fédéralistes panafricains est de restaurer la dignité et la pleine souveraineté des Africains en les libérant de toute forme de domination politique, militaire, économique, monétaire et culturelle.

 

Cette mission du MFPA sera réalisée grâce au leadership de ceux qui sont organisés par le biais de comités locaux, nationaux et régionaux dans une douzaine de régions à travers le monde africain.

 

Pour le MFPA, les citoyens sont les détenteurs légitimes de la souveraineté et leurs dirigeants politiques n’en sont que des gardiens temporaires. Il va donc sans dire que seuls les véritables propriétaires de la souveraineté ont le droit de choisir les parts de pouvoir qui devraient être confiées au gouvernement fédéral. La MFPA veut remettre les citoyens au volant dans le processus du choix de la meilleure forme d'union entre les États africains.

 

La raison d'être du MFPA est de mener une campagne crédible pour l'organisation d'un référendum dans chacun des pays ciblés pour devenir membre des États Africains Unis (EAU). Ces référendums visent à donner à leurs citoyens la possibilité d'accepter ou de rejeter un pacte fédéraliste entre leur État et les autres États africains.

 

Le MFPA aspire à être la voix de l’écrasante majorité des africaines et des africains qui sont sans voix et sans droit sur la question de l’unification politique panafricaine.

 

Notre identité

 

Le MFPA est un groupe de panafricanistes engagés à diffuser la vision d'un peuple africain politiquement uni. Il a l'intention d'éduquer toutes les classes de la société africaine sur leur intérêt à unir les États africains du monde entier et à former une entité fédérale pleinement souveraine. Le temps qu'il s'est donné pour atteindre cet objectif est tout au plus une seule génération.

 

Ce qui distingue le MFPA de la myriade d'organisations ou de mouvements panafricanistes déjà existants, est que bien que la libération totale des peuples africains du joug étranger et la restauration de leur dignité soient ses objectifs ultimes, le MFPA a délibérément choisi de ne focaliser ses actions que sur le rétablissement de la pleine souveraineté des peuples africains à travers le monde entier. Le MFPA estime que la cause structurelle de nombreux problèmes rencontrés aujourd'hui par les Africains est l'absence d'une entité fédérale pleinement souveraine sous leur contrôle.

Bien que le MFPA soit membre du Mouvement panafricain global et travaille avec l'UA et le CARICOM, il reconnaît la limite structurelle de leur capacité à parachever la libération africaine.

 

Ce en quoi nous croyons fermement

 

Au sein du MFPA, nous comprenons et acceptons qu’il est nécessaire pour les peuples africains de construire l’unité politique s’ils veulent acquérir la liberté. Notre conviction fondamentale est que ce n’est qu’en s’unissant politiquement que le peuple africain pourra imposer le respect de sa dignité et la reconnaissance de ses droits humains à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur.

 

Le MFPA comprend qu’il nous faut nous organiser pour affirmer et défendre notre souveraineté exprimée aussi bien sous la forme d’une démocratie politique et économique que sous celle d’une montée en puissance par le biais de la sécurité des peuples africains.

 

 "Pour surmonter les énormes obstacles à l’unification économique de l’Afrique, des actions politiques décisives sont nécessaires en premier lieu. L'unification politique est la condition préalable. L'organisation rationnelle des économies africaines ne peut précéder l'organisation politique de l'Afrique. L'élaboration d'une formule rationnelle d'organisation économique doit venir après la création d'une entité politique fédérale. Ce n’est que dans le cadre d’une telle entité géopolitique qu’il est possible d’intégrer un développement économique et une coopération rationnels »[1]. Ceci est une définition claire de la mission et du mandat du fédéralisme panafricain par Mehdi Ben Barka.

 

Nous sommes animés par le besoin urgent de mettre fin aux souffrances de tous les Africains du sang et du sol qui aujourd'hui :

- continuent d'être les victimes des guerres de pillage des ressources naturelles et humaines,

- sont vendus comme esclaves en essayant de chercher de meilleures opportunités,

- se noient dans la Méditerranée en essayant d'échapper à la pauvreté en Afrique et finissent par devoir faire face à la pauvreté et à l'oppression urbaines en Europe, ainsi qu’à l'incarcération,

- sont victimes de la confiscation rapace de leurs terres, « homicide justifiable »,

- sont les victimes des actes meurtriers résultant de la brutalité policière.

 

Le MFPA se focalise sur la reconnaissance, la restauration et le respect des droits des Africains à travers le monde. Des mouvements tels que « Black Lives Matter » (la vie des Noirs en vaut la peine), les différentes organisations qui luttent pour la réparation des torts causés aux peuples africains par le biais de l’esclavage, le colonialisme et l’apartheid sont les alliés naturels du MFPA.

 

Le MFPA s'est engagé à créer les conditions qui peuvent mener à la réparation et à la rédemption dont les populations africaines ont besoin après des siècles d'esclavage et de colonialisme, après l'apartheid et les lois Jim Crow.

 

Le MFPA estime que les réparations de ces injustices ne seront pas obtenues en gagnant des procès contre les coupables dans leurs tribunaux ou en faisant honte aux États qui sont les responsables ultimes de ces crimes contre l’humanité commis durant des siècles. Seule une entité entièrement souveraine contrôlée par des Africains sera en mesure de mettre ces exigences légitimes sur la table et d’espérer obtenir gain de leur juste cause.

 

Le MFPA rejette toute forme d'accommodement à l’idée selon laquelle il est normal que l'Afrique, le continent le plus riche du monde, puisse également abriter les populations les plus pauvres du monde.

 

La détermination du MFPA d’établir les EAU dans cette génération nécessite des actions conscientes, coordonnées, consciencieuses et ciblées dans le contexte de la lutte contre de la nouvelle ruée vers l’Afrique ; non seulement par les anciens colonisateurs européens mais aussi par toutes sortes de pays étrangers et de multinationales.

 

Le MFPA reconnaît que seule l'armée fédérale des États Africains Unis peut assurer la sécurité des populations africaines et leur protection contre les actes néfastes engendrés par les groupes terroristes qui sont alimentés par des puissances étrangères dans l'intention de justifier leur expansion militaire actuelle en Afrique tels que l’ AFRICOM, et les différentes bases militaires étrangères présentes sur le sol africain pour protéger leurs ressortissants occupés à exploiter les populations africaines et les ressources de leur continent.

 

Le MFPA est convaincue que l'Accord de libre-échange continental africain ne servira pas le peuple africain. Au lieu de cela, il va rendre beaucoup plus difficile la possibilité de développer une industrie africaine compétitive.

 

La MFPA est convaincue que si notre génération ne fait rien qui puisse arrêter la nouvelle ruée vers les terres africaines, elle rendra un très mauvais service à ses enfants, petits-enfants et à beaucoup de futures générations d’Africaines et d’Africains.

 

Le MFPA estime que les États africains fédérés incluront tout le territoire du continent africain et tous les Etats dans les Caraïbes où les Africains du sang peuvent, avec une majorité démocratique, présenter leur candidature et être acceptés comme membre des États africains Unis.

 

Le MFPA estime que notre génération doit gagner la bataille pour l'unification de l'Afrique afin que la libération des peuples africains soit efficace et complète. La lutte continue, les enjeux sont importants, mais la victoire est possible en moins d’une génération.

 

La génération qui nous a précédés a réussi en cinquante ans (entre 1900 et 1950) le miracle de la première phase de la libération de l'Afrique alors que la situation mondiale était incroyablement violente !

 

Notre génération peut en moins d’une génération réussir la deuxième phase de cette lutte de libération : la véritable union politique de l’Afrique et la création des États Africains Unis, pour que la libération de l’Afrique soit complète et que son indépendance réelle soit garantie.

 

Ce que les EAU rendront possible

 

La création des États-Africains Unis va :

 

1) Permettre aux peuples africains de s’émanciper, de réparer leur dignité endommagée et de reprendre le contrôle de leur souveraineté,

2) Donner une couverture de sécurité pour toutes les personnes d'ascendance africaine, où qu'elles se trouvent dans l’univers,

3) Donner aux populations africaines la capacité de se protéger contre les conséquences néfastes des fuites clandestines horribles de capitaux, du pillage de leurs mers et de la chasse incontrôlée et le braconnage de nombreuses espèces sauvages en voie de disparition.

4) Créer un environnement où la restauration et la protection des différentes sous-cultures africaines, le début d'une véritable renaissance africaine, seront possibles.

5) Assurer la protection des droits des minorités et des groupes déficitaires en pouvoir,

6) Avoir les moyens de faire des soins de santé un droit humain et des ressources pour éradiquer bon nombre de pandémies qui constituent des menaces constantes sur les individus et les communautés,

7) Pouvoir faire de la protection de l’environnement l’une des priorités des Etats fédérés et  des gouvernements locaux.

8) Assumer la dette actuelle de tous les États membres et être en mesure de la renégocier à un taux d'intérêt beaucoup plus bas. Il est important de noter que même après avoir assumé la dette totale de tous les États membres, le gouvernement fédéral des EAU devrait être parmi les moins endettés, moins de 50% de son PIB. Les opportunités que cela créera pour les populations africaines, à commencer par des coûts beaucoup plus bas pour emprunter de l’argent, sont immenses.

9) Être mieux positionné géopolitiquement et en mesure d’exiger et de s’attendre à obtenir un siège avec droit de veto au Conseil de sécurité des Nations Unies,

10) Réduire considérablement le coût de la diplomatie pour les contribuables africains. Son corps diplomatique ne sera plus sans dents.

11) Établir un vaste marché avec une monnaie commune. Le gouvernement fédéral des EAU organisera un vaste marché panafricain. Il réglementera le commerce entre les États membres et avec le reste du monde. Les États membres organiseront librement leur marché intérieur tant qu'ils respecteront les lois fédérales.

12) Être dans de meilleurs dispositions pour tirer profit de la dividende démographique et des avancées technologiques majeures qui sont aujourd'hui soit des sources de tension sociale et d'instabilité, soit des menaces pour la souveraineté des États africains. Les opportunités abondantes d’amélioration de son bien-être pourront absorber tous les jeunes entrant sur le marché du travail.

 

13) Créer une armée qui intégrera toutes les armées des États membres dans une seule organisation militaire, avec un seul commandement fédéral. La puissance militaire ainsi développée servira à protéger chaque État membre contre toute tentative de déstabilisation, de  toutes les menaces internes et externes, car si un seul État est attaqué, tous les États africains sont attaqués. Les terroristes, les mercenaires de tous bords, les néo-colonialistes impérialistes et tous les ennemis de l’Afrique réfléchiront à deux fois avant de lever le petit doigt pour attaquer un pays membre des Etats Africains Unis.

14) Rendre impossible la présence de bases militaires étrangères sur le sol de ses États membres.

15) Mettre en place une police fédérale dont la compétence s’étend à tous les territoires des États membres, afin de pouvoir poursuivre les criminels là où la police locale ne peut le faire. Le gouvernement fédéral panafricain devra déterminer les crimes et délits dont la punition relève de la compétence de la police fédérale en vertu de laquelle il a préséance sur les politiques locales. Dans tous les cas, les poursuites engagées contre des suspects hors des frontières des États Africains Unis relèvera de la compétence de la police fédérale et des autorités fédérales.

16) être mieux à même de garantir la liberté de la presse, les droits des individus et des minorités.

17) Assurer la protection, la promotion et le développement de toutes les langues africaines et prendre des mesures incitatives pour leur enseignement dans les écoles et leur utilisation dans la vie moderne et les TIC tout en construisant des infrastructures pour les TIC dans tous les États africains.

18) Avoir suffisamment de ressources pour l'éducation et la recherche. La responsabilité de l'organisation du système éducatif restera entre les mains de chaque État membre. Cependant, le gouvernement fédéral panafricain pourra proposer aux États membres des programmes-cadres et des systèmes de certification pour harmoniser et améliorer la qualité de l'enseignement dans tous les États membres.

19) Créer un environnement où le sport et l’art peuvent devenir des composantes dynamiques de l’économie. Nos meilleurs talents n'auront plus besoin d'aller à l'étranger pour réussir et gagner la coupe pour un pays étranger, ni notre gastronomie et nos talentueux designers et cinéastes ne seront occultés.

20) Avoir suffisamment de ressources pour sponsoriser la recherche scientifique en particulier dans le domaine des énergies renouvelables (centrales solaires au Sahara et au Sahel, centrales hydroélectriques sur certaines grandes cascades), agriculture (cultures vivrières biologiques et totalement naturelles), pharmacopée (culture des plantes médicinales et leur exploitation pour la fabrication de médicaments en Afrique), des médicaments (fabrication de médicaments génériques en Afrique) pour éradiquer le paludisme, le sida et d’autres endémies majeures.

21) La fluidité de la circulation des individus et des biens sur tout le continent est impossible sans un excellent système de transport par voie aérienne, terrestre et maritime. Le gouvernement fédéral aura les moyens d'investir massivement dans ce domaine et de construire des avions, des bateaux, des trains et des voitures, des aéroports, des ports et des autoroutes transcontinentales.

 

Le MFPA ne prétend pas que l’unification politique est la panacée à tous les problèmes auxquels les peuples africains sont confrontés aujourd’hui, mais c’est la seule base solide sur laquelle une véritable renaissance africaine peut prospérer. C'est pourquoi, dans sa déclaration de changement de paradigme, le Dr Kwame Nkrumah a déclaré que "l'Afrique doit s'unir !" Et non "devrait".

 

Principes et exigences

 

Toute transformation historique devant nécessairement être précédée d'une phase de préparation culturelle, le projet de libération de l’Afrique par le biais de l’unification politique suppose un changement préalable de paradigme, un renversement de la perspective mentale, à commencer par l’élite dite intellectuelle, impliquant une africanisation active et radicale des esprits formatés par l'école occidentale.

À la lumière des expériences accumulées lors des luttes d’émancipation, cela signifie concrètement la nécessité de repenser l’Afrique en tant que totalité organique et indivisible, sa Diaspora en faisant partie intégrante et indissociable. Puisque l’Afrique est conçue comme la Nation à construire, la patrie et la descendance directe de son peuple par des excroissances extracontinentales, il faut admettre qu’aucun Africain ou personne d’ascendance africaine directe ne serait jamais considéré comme un étranger où que cela puisse être sur le continent mère

 

À cette rupture conceptuelle de la redéfinition de l'identité africaine, il y a un deuxième défi à relever pour assurer une égalité effective dans les droits et les devoirs des citoyens africains du nouveau type.

 

Le MFPA est une coalition non violente. Seules les activités légales seront autorisées sous sa bannière.

 

La PAFM étant une coalition de diverses personnes et organisations ayant des opinions différentes sur d'autres questions, outre le besoin urgent d'unification politique de tous les États africains, elle ne s'implique pas dans la politique partisane nationale ou locale. Les comités locaux et nationaux ne doivent se concentrer que sur la création d’une coalition pour la naissance des États Africains Unis en une génération ou moins.

 

Comment entendons-nous accomplir notre mission ?

 

Deux principes fondamentaux vont gouverner notre approche : l’approche inclusive et participative et le principe de la dépendance sur ses propres forces au plan des ressources humaines, matérielles et financières. Nous ne compterons que sur les peuples africains eux-mêmes et non sur les autres, en s’appuyant avant tout sur la persuasion plutôt que sur la force. Nous sommes convaincus que l’action exemplaire est plus efficace et a un impact psychologique plus durable que la contrainte physique ou psychologique.

 

Notre première étape vers la réalisation de nos objectifs est l’organisation du premier Congrès fédéraliste panafricain. Ce congrès n’aura lieu que si nous sommes certains que ceux qui y participeront auront le mandat de parler au nom de la majorité des Africains et africaines. Nous, fédéralistes panafricains, voulons nous assurer que la décision prise lors de ce congrès découlera de la volonté de la majorité du peuple africain. C’est la seule façon de faire de cette réunion un pas décisif dans le lancement de la campagne pour la naissance des États Africains Unis en une génération ou bien moins.

 

Bon nombre des congrès, conférences, colloques et ateliers organisés sur la question de l’unité Africaine ont produit d’excellentes propositions. L’absence d’un outil crédible pour la mise en œuvre des recommandations issues de ces réunions constitue le défi permanent. Il est clair aujourd'hui que les dirigeants politiques qu'ils espéraient voir mettre en œuvre ces résolutions n'avaient pas la volonté de le faire. Nous n'avons aucune intention de faire dépende le succès de notre initiative sur chance ou une autre force que celles des fédéralistes panafricains eux-mêmes.

 

Cette réunion ne vise pas à produire des résolutions qui protesteront ou condamneront l’impact des politiques d’autres nations sur les Africains. Son objectif est de produire un plan d’action qui puisse mener les Africains vers la reconquête de leur souveraineté positive.

 

Le MFPA n'est pas une coalition de protestation. Seules les actions visant à autonomiser les populations africaines dans leurs efforts de recouvrir leur pleine souveraineté et réparer leur dignité seront tolérées par notre coalition de base pour l’unité africaine.

 

Notre deuxième étape sera d'appeler à des référendums. Nous sommes déterminés à mener une campagne qui mettra les masses africaines aux commandes du processus d’unification de l’Afrique, car nous sommes convaincus que dans leur écrasante majorité, ils veulent voir l’Afrique unie politiquement et se donner les moyens de sortir ses filles et fils de la misère dans laquelle ils pataugent aujourd'hui.

 

Après le Congrès, il sera nécessaire de lancer la campagne pour la création des Etats Africains Unis (EAU) en moins d’une génération grâce à un puissant mouvement de la base au sommet qui permettra aux peuples africains, les propriétaires légitimes de la souveraineté de leur Etat, de s’exprimer clairement sur le mode d’union qu’ils souhaitent promouvoir. Le but de cette campagne est l'organisation, dans chaque pays africain, d'un référendum au cours duquel les citoyens voteront pour ou contre l’option fédéraliste.

 

Qui sont nos alliés naturels ?

 

Les peuples africains qui dans leur majorité écrasante ont réalisé que les promesses d'indépendance ne se matérialisent pas constituent le piédestal sur lequel le MFPA sera construit.

 

Le MFPA a l'intention de mobiliser la société civile, les syndicats, les partis politiques panafricains, les guildes, les organisations de jeunesse, les organisations de femmes, de paysans, etc. Toute personne ou organisation désireuse de faire partie de cette coalition se verra offrir la possibilité de le faire.

 

Le MFPA s'adressera également aux entrepreneurs, aux industriels qui sont aujourd'hui étouffés par leurs concurrents étrangers déloyaux.

 

Le MFPA collaborera autant que possible avec les états africains du continent et de la diaspora sur la question exclusive de l’unification politique. Il travaillera avec tous ceux et celles qui sont disposés à soutenir, sans conditions, sa campagne. Il s’adressera également aux organisations régionales et continentales dont font partie des États africains.

 

L'objectif est d'impliquer le plus possible le peuple africain. Parce que nous croyons, comme Cheikh Anta Diop "... que l'unité africaine viendra de la base et se développera comme un sous-courant de la stérilité politique actuelle et de la stagnation économique endémique de notre continent".

Nous sommes convaincus que ce moment est arrivé et que les fédéralistes panafricains ont le devoir de conduire les masses africaines vers la bonne destination, les États Africains Unis (EAU)

 

Qui sont nos ennemis les plus évidents ?

 

Nos ennemis les plus redoutables ne sont pas les étrangers qui essaient de nous garder divisés et faibles pour des raisons qu’il est superflus de répéter ici !

Les Africains qui bénéficient du contrôle étranger de notre destin sont en effet les ennemis les plus redoutables de la marée "L’Afrique doit s’unir !" que génère le MFPA. Parmi les plus évidents figurent :

- Les politiciens qui se satisfont de peu et feront tout pour continuer de recevoir et gérer les miettes laissées par les impérialistes et leurs multinationales.

- Les Compradors (revendeurs et mercantilistes) qui ont le monopole de la collecte des matières premières pour les industries étrangères et de la distribution de leurs produits finis.

- Les intellectuels désireux d'être reconnus et recevoir des médailles d’honneur ou de chevalerie ou d’être gracieusement entretenus par les puissances étrangères par le biais d’une myriade de financements d'ONG, de Per Diem, etc.

- Les nationalistes étriqués ou régionalistes bornés qui croient que les peuples africains sont trop divers pour être unis sous une seule entité politique, économique et sécuritaire.

 

Conclusion

 

Les organisateurs au sein du MFPA doivent toujours être suffisamment humbles pour être ouverts et être prêtes ou prêts à apprendre des autres quand ils ont une plus grande clarté de vision, et même pour tirer leçons des impulsions les plus progressistes des masses africaines dans les villes ou les campagnes, sur le continent, dans les Caraïbes ou les jungles en béton et ciment de l’Amérique et de l’Europe. Comme Amilcar Cabral l'a noté, "l'œil du paysan voit le droit chemin".

 

Invoquant le leadership intrépide de Toussaint Louverture et de Dessalines dans l'abolition de l'esclavage et l'exercice de l'autodétermination, pour lesquels le peuple haïtien continue encore aujourd’hui de payer le prix ; et l'affirmation de Marcus Garvey quant à la nécessité d'une autonomie économique collective et de l'autonomisation des populations africaines chez elles et à l'étranger, la stratégie du  MFPA pour l'unité et la libération est à la fois politique et économique; culturel et militaire, spirituel et scientifique.

 

"Afrique Réveille-toi ;

Vous n'avez rien à perdre que vos chaînes ;

Vous avez un continent à regagner ;

Vous avez la liberté et la dignité humaine à atteindre ! "[2]

 

"Vive les États-Unis d’Afrique libres !

Pays de la liberté du brave homme noir ;

Etat d’une plus grande nation que tu as gagné !

Une nouvelle vie pour la race ne fait que commencer ".[3]



[1]La pensée politique de Mehdi Ben Barka; Editeurs tricontinentaux, Havane, 1968

[2]WEB Dubois (discours pronncé au Congrès de Tous les Peuples Africains en 1958)

[3]Marcus Garvey (Extrait du poèmeVive les Etats-Unis d’Afrique)


 [MD1]PAFM is not a bloody coalition, please change the red to light GREEN, the color of HOPE or light BLUE the color of FREEDOM. 😊)