Faire face au défi d’une Afrique renaissante sur la scène mondiale. Cette Supplique du Dr. Akwasi Aidoo, fondateur de Trust Africa, doit etre lu par toute personne qui milite en faveur de l'Unite Politique de l'Afrique

C’est un grand plaisir pour moi d’être avec vous aujourd’hui dans le cadre de la  célébration d’un des symboles les plus importants de l’Unité africaine. «Africa Day» n’est semblable à aucun autre jour, parce qu’il symbolise de manière très pratique notre esprit d’ensemble et notre recherche pour l’unité et la dignité.  Ce jour est la preuve concrète que l’Afrique est plus que la somme de ses composantes. Il nous rappelle que le rêve de nos pères et mères fondateurs-ceux et celles qui sont morts pour l’Afrique-est plus que jamais vivant. Au-delà de tout, c’est un jour et une célébration qui nous met au centre de la scène, lorsque nous voulons que le reste du monde s’arrête, et regarde, ou écoute ce que nous avons à dire pour nous et pour l’humanité en général.

 Ce que je dois dire aujourd’hui ne va sans doute pas être plaisant ou diplomatique pour certains Oreilles, mais nous sommes dans une mauvaise situation and quand on est dans cet état, on doit dire la vérité et le faire avec beaucoup de passion.  Je vais commencer à partir d’un angle personnel.  Je vais bientôt avoir 57 ans, ce qui veut donc dire que j’ai vu naitre l’Organisation de l’Unité Africaine en 1963. Je n’ai pas appris cette naissance à travers la lecture, je l’ai vécue en personne. J’avais partagé l’euphorie qu’elle avait crée et j’étais inspiré par le rêve et la promesse qu’offrait une Afrique unie et fière. Malheureusement aujourd’hui, je ne peux pas regarder mes enfants face à face et leur dire qu’ils vont hériter d’une Afrique unie de leur vivant.  En 1985 quand je suis allé enseigner à l’Université de Dar es Salaam, je n’avais pas besoin d’un visa pour habiter là-bas, aujourd’hui j’ai besoin d’un visa rien que pour visiter ce pays africain.  Sous plusieurs angles, nous semblons être plus fragmentés politiquement et économiquement et désunis aujourd’hui que nous l’étions il y a de cela quelques décennies.  Pour le citoyen moyen c’est dans cette situation où nous nous trouvons et ce n’est pas la meilleure.

 J’ai choisi de parler des défis d’une Afrique renaissante sur la scène internationale pour la simple et bonne raison que c’est la seule manière d’aborder tous les autres problèmes auxquels nous faisons face.  Comme Frantz Fanon l’a une fois dit, “Chaque Génération doit à travers une relative opacité, découvrir sa mission et la remplir ou la trahir." La mission principale de cette génération, en d’autres termes notre génération, est de façonner une Afrique renaissante sur la scène internationale.  Notre mission est de relever, maintenant ou jamais, un défit qui transcende plusieurs périodes de notre histoire.  

 Il y de cela plusieurs siècles, lorsque l’Afrique rencontrait le monde extérieur nous n’étions pas prêts de défendre collectivement nos intérêts communs.  La conséquence ultime a été conquête, esclavage et colonisation.  Au milieu du siècle dernier, quand la Guerre froide commença, nous étions encore une fois de plus impréparés pour faire valoir nous intérêts commun et avons dès lors permis aux autres de nous utiliser comme leur objet pour cette guerre.  A ce jour nous portons les séquelles douloureuses de cette pénible histoire et en plus il y a de nouvelles forces qui cherchent à réinventer cette histoire. Mais la vérité qui dérange est que les forces qui cherchent à garder l’Afrique sous leur contrôle n’ont toujours pas été externes.  Il y a un adage africain qui dit: «l’ennemi externe ne peut taper un coup dur que lorsqu’il ou elle a des collaborateurs interne.»  Donc que signifie une Afrique renaissance sur la scène internationale ?  Et que doit être notre stratégie?  

 Fondamentalement cela veut dire que nous devons faire de l’unification et l’intégration de l’Afrique la priorité de nos priorités.  Ce qui veut littéralement dire que nous devons tout arrêter et nous engager dans l’effort d’intégrer notre continent.  Nous n’avons pas de choix.  Les forces qui divisent l’Afrique ont, depuis long temps, été à la besogne et elles deviennent chaque jour de plus en plus fortes et plus sophistiqués.  Nous n’avons pas de choix. Nous devons alors faire un certain nombre de choses:     

 1-      En premier lieu nous devons ouvrir  nos frontières.  Donnons à nos citoyens le droit élémentaire de se mouvoir librement.  Une Afrique sans visa.  Les Kenyans ne devraient pas avoir à se rendre à l’ambassade de la France à Nairobi pour obtenir un visa touriste pour le Sénégal. Je fais appel au gouvernement du Sénégal et au Président Wade qui a eu à démontrer son engagement et sa vision pan africaniste de mettre fin à cela. 

2-      En second lieu nous devons créer un espace pour permettre aux citoyens ordinaires à travers le continent de pouvoir s’impliquer dans le processus de prise de décisions qui affectent le continent en entier.  Il y a assez d’évidences pour prouver que l’intégration dirigée par les Etats a de sérieux handicaps. 

 3-      En troisième lieu nous devons harmoniser nos politiques commerciales et fiscales. Essayons d’être plus proactifs et plus coordonnés quand nous traitons avec les puissances mondiales.  Ça ne nous rapporte rien et n’améliore pas le respect que les autres ont pour nous lorsque qu’une troupe faite de dizaines de présidents africains fait un déplacement en Chine pour chercher de l’aide presque comme un sac de pommes de terre sans coordination ou ordre du jour commun.

 4-      Quatrièmement nous devons faire du soutien de nos forces créatrices notre priorité.  Nous savons que les productions artistiques et culturelles sont les moyens les plus faciles pour brancher nos peuples au-delà des frontières.  La musique de Youssou Ndour et Alpha Blondi ainsi que celle de Mariam Makeba n’a pas besoin d’un visa pour traverser nos frontières.  Nous les embrassons toutes.  De même que la littérature et les films de Sembène Ousmane, la belle narration de Mariama Ba, les productions artistiques majestueuses de Breytenback etc.  Mais nous ne sommes pas très doués dans l’art du renforcement de ces forces créatrices.  Cheikh Anta Diop, Bessie Head, Christopher Okigbo, Mariama Ba, Sony Labou Tansi ont vécu sans aucun soutien, sont morts sans être célébrés et demeurent virtuellement inconnus.  Nous devons financer la littérature Africaine et sa publication.  Nous devons soutenir nos musiciens et artistes.  Nous devons respecter les systèmes traditionnels de transmission des connaissances.  Sans ces derniers, l’Afrique n’a pas d’âme et ne peut pas être prise au sérieux sur la scène mondiale.

 5-      Cinquièmement, nous devons prendre, plus que nous le faisons aujourd’hui, notre Diaspora au sérieux. La vraie valeur de notre Diaspora n’est pas dans les envoies qu’elle fait à son foyer d’origine à un rythme régulier, malgré l’importance qu’ils ont acquise en tant que support de mode de vie et même de nos économies en entier.  La contribution que la Diaspora peut apporter dans le changement siée dans la guérison sociale et culturelle qu’un engagement sérieux avec elle va produire.  Comme le dit un adage Ghanéen, «quand ta famille est divisée ton dos est cassé.»  Nous devons ressouder la famille africaine, car c’est la seule base pour forger une alliance globale pour l’Afrique.  Nous devons faire appel à ceux et celles qui ont quitté pour qu’ils reviennent ou renouent une forte liaison avec le continent.  Nous devons embrasser toutes les personnes d’origine africaine.

 Peut être cette supplique peut être mieux saisie de manière poétique :

 

 Je te prie de rentrer au foyer (pour NK)

 Du point de non retour

De par les portes barricadées de l’enfer qui a fait naître

Les mémoires de notre gloire perdue

Je te prie de rentrer au foyer

 

De la sixième ronde 

De dance autour de l’arbre généalogique coupé

D’où nous avions dit que tu dois partir et oublier

Je te prie de rentrer au foyer

 

Des griffes qui tuent le temps

Des traversées engloutissantes et des vagues rugissantes

Armé du désir têtu de lutter

Je te prie de rentrer au foyer

 

De tes chansons silencieuses dans la tristesse

En blues masseuses de l’âme,

Nu dans tous ces jazz razz-matazzant

Je te prie de rentrer au foyer. :

 

De là où la défaite soudaine du soleil

En pluies de coton au siège d’hivers

Ton rêve immortel d’une vie de joie

Je te prie de rentrer au foyer

 

De là où l’espoir réchauffé meurt

Sous un climat de froideur mensongère et sans visage,

Où les rêves de Zion ont été différés par des membres sevrés

Je te prie de revenir au foyer

 

Des peines placides de Babylon

Où l’amour est éphémère et la haine durable

Si court et long qu’ils oublient le nom fragile de la paix,

Je te prie de revenir au foyer

 

De là où ton amour meurt

Dans les corridors sans lumière des Triple-K trempés dans le sang

Là où nul, mais nul, n’entend ton appel en sanglots

Je te prie de renter au foyer

Je te prie de rentrer au foyer

… Notre Amour….

Je te prie de rentrer au foyer

©2006 akwasi aidoo

Les potentiels de l’Afrique sont inestimables et inexhaustibles.  Notre continent a survécu au pire que n’importe quel peuple peut souffrir mais notre peuple ne s’est jamais résigné.  Si, en tant que dirigeants de l’Afrique, nous faisons ce que nous devons faire, la marche de notre peuple vers un futur que méritent tous nos enfants sera inaltérable.  Et notre devoir est de nous débarrasser de tous les obstacles qui se tiennent sur la voie de la marche de notre peuple vers leur futur.

Merci !

Discours lu lors de la célébration de « Africa Day »

25 Mai 2007

Dakar Sénégal

Dr. Aidoo, Former Executive Director of TrustAfrica, has extensive experience in philanthropy in Africa. His positions have included IDRC Program Officer for Health and Development in West and Central Africa and head of the Ford Foundation’s offices in Senegal and Nigeria from 1993 to 2001. He serves as a director on boards of several nonprofit organizations, including Oxfam America, the Crime Prevention Centre of South Africa, the Soros Foundation’s AfriMAP initiative, and the Global Network Committee of the Ash Institute at Harvard University. He also chairs the executive committee of the Africa Grantmakers’ Affinity Group. Dr. Aidoo has taught at universities in Ghana, Tanzania, and the United States. He was educated in Ghana and the United States and received a Ph.D. in Sociology from the University of Connecticut in 1984. He writes poetry and short stories in his spare time. wasi Aidoo.